Tant que les trois grandes industries de la construction ne collaboreront pas entre elles au lieu d'être en compétition, le bois risque de ne jamais occuper la place qui, pourtant, devrait lui revenir.

C’est la conclusion qu’a livré Sylvain Ménard, professeur en génie civil spécialisé en structures de bois à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), lors d’une conférence prononcée devant des enseignants et des étudiants en foresterie de l’UQAT et du Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue.
«Il y a depuis longtemps une lutte entre le bois, le béton et l’acier dans le domaine de la construction, a-t-il rappelé. Et tant que chaque secteur voudra accaparer 100 % du marché, on va passer à côté de beaux projets.»
 Les matériaux les plus nouveaux ne sont pas forcément les meilleurs
Sylvain Ménard
S’allier avec les meilleurs
M. Ménard croit, au contraire, que ces trois industries auraient avantage à collaborer. «Il faut prouver que ces matériaux peuvent et doivent travailler ensemble, a-t-il lancé. Les projets hybrides sont les plus prometteurs, puisqu’on va chercher les avantages de chaque matériau.»
Le problème, a-t-il fait observer, c’est que la plupart des ingénieurs forestiers sont très forts en bois, mais leurs connaissances demeurent assez limitées pour ce qui est des structures. Chez les ingénieurs civils, c’est la situation inverse qui se produit. Le portrait est cependant en train de changer, alors que l’UQAC a développé des cours concernant le bois pour les formations de 1er et 2e cycle en génie civil.
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«De plus en plus d’universités au Canada sont intéressées par ce programme, a mentionné Sylvain Ménard. L’important demeure cependant de s’allier avec les meilleurs dans chaque domaine afin que les forces viennent équilibrer les faiblesses. Il est impossible de tout connaître lorsqu’on évoque le bois dans la construction, que ce soit le comportement mécanique, la résistance au feu, l’architecture, l’aspect visuel, le volet écologique, etc.»
Le passé et la nature
Selon le professeur, le bois doit aussi retrouver les lettres de noblesse qu’il a perdues au fil des siècles dans la construction. «Les matériaux les plus nouveaux ne sont pas forcément les meilleurs, a-t-il fait valoir. Au Japon, on retrouve des bâtiments en bois de grande hauteur qui datent du VIIe siècle. En Chine, les plus anciens remontent au XIesiècle. Certains sont même plus hauts que les plus hauts projets actuels.»
Outre l’importance de puiser dans le passé pour inspirer l’avenir, M. Ménard croit qu’il faudrait aussi calquer davantage la nature. «On est encore loin de le faire, a-t-il signalé. Par exemple, le rapport entre la base et la hauteur de la Burj Khalifa, le plus haut bâtiment du monde, à Dubaï, est de 1:5. Pour un séquoia, il est de 1:10.»




Constitué de 140 logements locatifs sociaux, le plus grand immeuble en bois d'Europe est actuellement construit sur d’anciennes friches industrielles en bord de Seine, au sein de l’écoquartier des Docks de Ris à Ris-Orangis. C’est la plus importante opération résidentielle réalisée avec des structures en bois massif en France.
DES PANNEAUX DE BOIS PRÊTS À POSER
Conçu par l’architecte Jean-Michel Wilmotte et construit par l’entreprise Eiffage, l’immeuble de 150 mètres de long comporte un rez de chaussée plus quatre étages. Les murs et planchers des étages sont constitués de panneaux massifs de CLT (Cross Laminated Timber), des panneaux épais de grand format réalisés par un assemblage de voiles de bois, principalement des essences d’épicéas, collés et assemblés en couches ou plis croisés. "Cette technique, inventée en France mais développée en Autriche, leur confère une grande résistance à la charge", explique Franck Mathis, patron de l’entreprise de menuiserie industrielle du même nom et fournisseur des panneaux. Légers et porteurs, ces éléments préfabriqués et livrés prêts à poser peuvent atteindre 16 mètres de long pour 2,95 mètres de large. Ils ont la capacité de remplacer les voiles porteurs classiques en béton armé. "Ils possèdent également de meilleures résistances thermiques et acoustiques que le béton", souligne Guillaume Poitrinal, président de Woodeum, société de promotion immobilière et d’assistance à maîtrise d’ouvrage.
EXCELLENCE ENVIRONNEMENTALE
Biosourcé et recyclable, ce matériau stocke le carbone au lieu de l’émettre. Ce qui n’est pas la moindre de ses qualités. Il permet ainsi de construire des bâtiments en réduisant les émissions de carbone. "Avec sa structure en bois massif, près de 2000 m3, le bâtiment va stocker 880 tonnes de CO2, soit l’équivalent des émissions de ses besoins en chauffage et eau chaude sanitaire pendant près de 90 ans", s’enthousiasme Stéphane Raffalli, le maire de Ris-Orangis. Et de faire remarquer que "le chantier prendra nettement moins de temps qu’avec des matériaux classiques : débuté en septembre 2015, il sera terminé en un an".
Cette opération, qui se veut exemplaire d’un point de vue écologique (l'immeuble va être chauffé par une chaudière à biomasse), va peut-être changer les mentalités. L'exemplarité pourrait déclencher une prise de conscience chez les décideurs politiques et les grands donneurs d’ordres sur l’intérêt de travailler avec ce matériau. L'occasion, aussi, de structurer ainsi une partie de la filière bois française. Les immeubles d’habitation à structure bois sont sans doute à la veille de réinvestir le paysage urbain.
Didier Ragu

Le primo-accédant est une personne qui accède à la propriété pour la première fois. Deux profils se dessinent : ceux qui achètent un logement neuf et ceux qui font construire. Avec un budget compris entre 80 000 et 150 000 € hors terrain, le primo-accédant a le choix entre l’achat d’une maison existante à rénover ou la construction.

Dans le cas d’une construction, le défi du primo-accédant est de trouver un constructeur CCMIste ou des entreprises en lot séparé capables de construire la maison de ses rêves dans l’enveloppe budgétaire, réduite voire contraignante, allouée par les établissements financiers. Le prix est plus que jamais l’élément déterminant de la décision d’achat des futurs propriétaires. Conscients des valeurs immobilières dans le neuf, le primo-accédant se concentre d’abord sur la fonctionnalité de sa future maison avant de s’intéresser au design et aux équipements techniques.
Pour autant, malgré les difficultés d’accession à la propriété, les primo- accédants ne sont pas les victimes de l’exclusion du marché, ni du marché du prêt immobilier. Nombreux sont les constructeurs qui s’adressent directement à eux avec des ” maisons catalogues ” à l’architecture simple et compacte, imaginées selon des modèles facile à vivre à deux et plus.
Parmi les matériaux : le bois se révèle être comme une solution appropriée sur le rapport qualité / prix. Il apparaît d’autant plus au rang des favoris que le bois appartient à une filière d’avenir dans la construction de maisons individuelles avec des propriétés mécaniques et esthétiques confirmées de longues dates. Et avec une mise en oeuvre rapide grâce à la préfabrication en atelier des éléments d’ossature, les maisons bois peuvent être mise hors d’eau / hors d’air en quelques jours seulement. Cette particularité de la construction bois est très intéressante dans le cas d’un remboursement de crédit cumulé à un loyer.
Texte : Laurène DELION